18 avr. 2021

Revue de presse : "Laura Antonelli n’existe plus", de Philippe Brunel

"Un tombeau pour une enfant perdue.

 L’ex-journaliste sportif et écrivain Philippe Brunel retrace la lente descente aux enfers du sex-symbol populaire de l’Italie catholique des années 1960"


"Luchino Visconti dont elle fut l’héroïne proustod’annunzienne pour son sublime dernier long-métrage, L’Innocent, disait d’elle qu’elle était « la plus belle femme du monde ». Jean-Paul Belmondo, dont elle fut la compagne durant près de huit ans d’une liaison que les tabloïds de l’époque (les années 1970) révélèrent orageuse et passionnée, ne semblait pas loin d’être d’accord. Ainsi d’ailleurs que tous les grands réalisateurs italiens, Dino Risi, Ettore Scola, Luigi Comencini, Mauro Bolognini, à qui elle prêta sa beauté et son talent le temps d’un film au moins. Pourtant, qui aujourd’hui en France se souvient de Laura Antonelli ? Qui sait le tragique destin que connut cette femme que tous les hommes voulurent et qui termina ses jours dans la solitude la plus complète, misérable, défigurée à jamais, réfugiée dans un mysticisme total auquel fait écho l’érotisme de son corps jeune dont le septième art « profita » ? Mélancolique et noire Un homme au moins, qui fut durant de longues années l’une des plus grandes plumes sportives de ce temps (spécialisée dans le cyclisme ; il est vrai peut-être le plus « littéraire » de tous les sports) et demeure le plus italien des écrivains français actuels. Mais l’Italie de Philippe Brunel – puisque c’est de lui qu’il s’agit – n’est pas vraiment un pays de cocagne ; elle est nocturne, douloureuse, hantée par des mythes qui sont autant de spectres surgis de l’ombre des souvenirs comme dans ses deux grands livres que sont « Vie et mort de Marco Pantani » ou « La Nuit de San Remo » (consacré au « suicide » de l’amant de Dalida, le chanteur Luigi Tenco). Son « Laura Antonelli n’existe plus » (phrase qu’employait l’actrice à la fin de sa vie envers les journalistes qui cherchaient à la faire sortir de sa retraite) est de la même eau, mélancolique et noire. Ce serait donc l’histoire d’un homme, un Français, qu’un mystérieux producteur charge de se rendre à Rome pour retrouver la comédienne disparue et de la convaincre de lui parler. Plutôt désargenté et lui-même intrigué, voire bientôt fasciné, par les dessous de cette disparition, le narrateur s’acquitte avec conscience de son travail, rencontrant ceux qui furent les derniers témoins, amis, amants jusqu’à réussir dans sa tâche et se contenter de fumer silencieusement une cigarette avec l’icône évanouie ou ce qu’il en restait… Périls trop grands pour elle Les frasques, les scandales des années passées (arrestation manifestement arrangée pour possession de cocaïne, opération de chirurgie esthétique ratée qui la défigura…) sont bien sûr évoqués, mais le portrait qui se dégage peu à peu de cette étoile qui s’éteignit trop vite est d’abord celui d’une enfant perdue dans un monde de périls trop grands pour elle. Elle était belle, trop belle, elle n’y pouvait rien et c’est cette beauté et cette beauté seulement que lui arrachèrent peu à peu les prédateurs qui tournaient autour d’elle. Pauvre gosse. Beau livre." Olivier Mony, Sud-Ouest dimanche, 18 avril 2021.

« Laura Antonelli n’existe plus », de Philippe Brunel, éd. Grasset, 195 p., 18 €. 

https://multiup.org/8679e5270485f4f1e80e9dac8803227e


2 commentaires:

  1. Merci de nous offrir la possibilité de découvrir le destin de cette belle et touchante actrice. Le livre est très bien écrit, et à travers cette enquête personnelle se dégage humanité et pudeur, loin de notre époque où superficialité et vulgarité sont souvent la norme.

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