Marjorie Bent, une jeune femme innocente et ambitieuse, est contrainte de quitter sa famille et de chercher du travail en ville. Rapidement, elle tombe sous l'influence de Tony Kolonis, un recruteur de réseau de prostitution déguisé en prétendant charmant.
Les films de sexploitation des années 60 ne faisaient que prolonger une vague instaurée dans les années trente aux USA déjà, en dehors des grands studios de Hollywood.
Il est donc logique de retrouver dans ce scénario des situations similaires avec des jeunes femmes victimes d'exploiteurs, l'ensemble ayant ici la particularité propre aux réalisateurs de cette époque de vouloir moraliser le propos sans pour autant s'interdire quelques scènes "déviantes".
Un témoignage de la culture de la peur et de la moralité stricte des années 30, utilisant le mélodrame pour captiver un public avide de sensations fortes.
Référence bibliographique : Forbidden Fruit_ The Golden Age of the Exploitation Film, pages 21, 22, 31 à 34, 189.
Herman E. Webber était un spécialiste du cinéma à petit budget. À cette époque, ces films ne passaient pas par les grands studios de Hollywood (Major Studios) car ils abordaient des thèmes interdits par le Code Hays (prostitution, maladies vénériennes, usage de drogues).
Webber utilisait une esthétique quasi-documentaire par moments pour justifier le contenu explicite sous couvert d'éducation publique. C'était la stratégie classique des producteurs d'exploitation : montrer du "vice" tout en prétendant le condamner.
Contexte Historique
À l'époque, The Wages of Sin était projeté dans des circuits de cinémas indépendants. Pour éviter la censure, les projections étaient parfois non-mixtes (séances pour hommes, séances pour femmes) et accompagnées de conférences de "spécialistes" ou de brochures médicales vendues à l'entrée.
La diffusion du film ne suivait pas le circuit classique des grands studios de Hollywood. Étant un film dit d'« exploitation », sa trajectoire géographique était particulière, dictée par la censure locale et les réseaux de cinémas indépendants.
Le circuit de la « States Rights »
Le film a été distribué via le système des « States Rights » (droits par État). Le producteur Willis Kent vendait les droits de diffusion à des distributeurs régionaux indépendants. Cela signifie que :
Le film n'est pas sorti simultanément dans tout le pays.
Il circulait de ville en ville, souvent dans des zones urbaines denses (quartiers populaires) ou, à l'inverse, dans des zones rurales reculées où le contrôle moral était moins strict que dans les grandes chaînes de cinémas.
Les zones de diffusion clés
Les États-Unis (Marché principal) : Le film a principalement tourné dans le "Midwest" et le "Sud" des États-Unis, où les films de mise en garde morale (cautionary tales) étaient très rentables.
Villes de « grindhouse » *: On le trouvait dans les cinémas de quartiers malfamés des grandes métropoles comme New York, Chicago, et Detroit. Ces salles projetaient des films en continu à bas prix.
L'Australie : L'actrice principale Constance Worth étant australienne, le film et les scandales liés à son divorce ont reçu une couverture médiatique importante dans la presse australienne de l'époque, facilitant une certaine curiosité pour ses films dans cette région.
Stratégies de projection locales
La géographie de la diffusion était souvent dictée par les lois de censure de chaque État :
Zones de "Censure Flexible" : Le film était projeté là où les ligues de vertu locales acceptaient le contenu sous prétexte d'éducation sexuelle.
Séances Non-mixtes : Dans certaines régions, pour éviter l'interdiction, le film était diffusé uniquement pour les femmes l'après-midi et uniquement pour les hommes le soir, souvent accompagné de brochures vendues par des "conférenciers" itinérants
* Petites précisions sur le terme "grindhouse"
Dans son ouvrage de 2020, Scum cinema_America through the eyes of the exploitation, Richard Benash donne la définition suivante du grindhouse :
"Un cinéma dans lequel les films étaient projetés 24 heures sur 24. Le grindhouse diffusait généralement des films d'exploitation violents, des films pornographiques et d'autres œuvres au goût et au mérite artistique douteux."
Son livre concerne les années 60 et 70. Qu'en était-il des "grindhouses" en 1938 ?
L'utilisation du terme « Grindhouse » pour les années 1930 est un sujet qui demande une nuance historique importante. Si la pratique de la projection en continu existait déjà, le mot lui-même et sa définition moderne ont évolué plus tard.
L'origine du terme : les années 20 et 30
Le terme « grind » vient du milieu du burlesque et du vaudeville. Dans les années 1920, les théâtres qui présentaient des spectacles de « bump and grind » (une danse suggestive) sans interruption étaient appelés des grind houses.
Dans les années 1930, avec la Grande Dépression et l'avènement du cinéma sonore, de nombreux théâtres de burlesque en difficulté se sont transformés en cinémas. Ils ont conservé le nom et la méthode.
La méthode : Projeter des films en boucle (en « broyant » la pellicule, d'où to grind) pour un prix dérisoire.
Le public : Des ouvriers, des sans-abris cherchant un refuge, ou des amateurs de sensations fortes.
La définition est-elle applicable en 1938 ?
La définition est partiellement anachronique pour 1938 :
Le "24h/24" est exact. Pendant la Dépression, certains cinémas des grandes métropoles (comme sur la 42ème rue à New York) restaient ouverts jour et nuit. On les appelait parfois des « all-night houses ».
Les films pornographiques. En 1938, la pornographie explicite était totalement illégale et absente des cinémas publics. Les films d'exploitation comme The Wages of Sin étaient le contenu le plus « osé » disponible, mais ils restaient très chastes comparés aux standards actuels.
Violence et goût douteux. Le goût « douteux » venait du sujet (prostitution, maladies, drogue) plutôt que de la violence graphique, qui était encore très limitée techniquement et légalement.
La différence avec le Grindhouse des années 70
Le Grindhouse tel qu'on l'imagine aujourd'hui (popularisé par Tarantino et Rodriguez) est une création des années 1960 et 1970. C'est à cette époque que la violence extrême, la nudité frontale et le terme lui-même sont devenus la norme.
En 1938, on parlait plutôt de :
"Ten-twenty-thirty" houses : (en référence au prix des places en cents).
"States Rights" theaters : Les salles diffusant des films hors-studio.
"Fleapits" : (littéralement « nids à puces »), terme péjoratif pour désigner ces salles mal entretenues.
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Le film en version originale avec sous-titres optionnels en anglais et en français :
mkv, 610 Mo - partage unique non renouvelable
https://multiup.io/3b20c5edf2ca3f5cf72e68fb5921f8c5
N.B. : les sous-titres anglais sont sous forme brute, fournis pour mémoire.
Les sous-titres maison :
https://www.opensubtitles.org/fr/subtitles/13493848/the-wages-of-sin-fr








Merci Lcdg très intéressante présentation, le "pré-code".
RépondreSupprimerLbz